De: LA DIGNITE DANS LE TRAVAIL QUI EST L’EXPRESSION DE LA DIGNITE DE L’HOMME

Publié le par planches

THEME DE LA PLANCHE : LA DIGNITE

LA DIGNITE DANS LE TRAVAIL QUI EST L’EXPRESSION DE LA DIGNITE DE L’HOMME

 

 

Notre époque est caractérisée par un problème fondamental, celui du travail, à travers l’inexorable montée du chômage.

 

Ce phénomène est relativement ancien, puisque en 1974, la France comptait 500.000 chômeurs, et nous enregistrons une augmentation constante. Pendant les années 1946 à 1972, notre pays n’a jamais dépassé les 100.000 sans-emploi, qui étaient le plus souvent des inadaptés sociaux.

 

Qui dit absence de travail dit obligatoirement déchéance sociale, morale et à terme physique.

 

Un être sans travail est un homme qui perd rapidement sa place dans la société, qui en est rejeté et s’en éloigne de lui-même.

Il devient fragile, suicidaire. Les dispositions psychiques semblent le pousser à l’extrême, de la vie à la mort.

 

Et comme nous sommes les seuls juges de la qualité de notre vie, personne ne peut acquérir notre vécu, nos souhaits, notre imaginaire, notre dignité, ou ce que l’on conçoit être notre dignité.

 

Que faut-il entendre par là ?

 

La dignité, ce n’est pas le regard que l’on peut porter sur nous, mais une convenance personnelle. La dignité est ce que l’on pense nous de nous.

Voilà pourquoi cette convenance personnelle doit être protégée. D’ailleurs, j’ai le droit depuis 1792, d’abréger mon existence. Le suicide en France n’est pas punissable. Je peux moi-même fermer la porte du temps par la mort. En effet, la mort est le temps hors du temps.

 

 

 

-2-

Donc une expression de la dignité humaine est bien dans le travail. Reportons-nous au préambule de la Constitution du 4 octobre 1958, au rituel des Loges symboliques et à la tradition des bâtisseurs à laquelle nous nous attachons. En tant que francs-maçons, un de nos objectifs est de bâtir l’homme universel à travers l’homme social. Nous sommes dans une tradition qui repose sur le travail. Dans le même temps, nous vivons, hélas, dans un monde profane où le travail n’est plus glorifié.

 

Depuis 1974 le Conseil Constitutionnel n’a eu de cesse de veiller à ce que les principes généraux du droit, dont font partie les droits et devoirs du citoyen tels qu’ils sont définis par le préambule de notre constitution, ne soient pas remis en cause. Devant l’évolution de la situation de l’emploi, il a reconnu comme un devoir de la Nation la mise en place de dispositifs juridiques et sociaux lors de la perte d’un emploi et la réinsertion dans le monde du travail.

Pour le Conseil Constitutionnel, le travail est une des expressions de la dignité de l’homme.

 

Avoir la dignité, c’est également se sentir engagé face à des conflits nationalistes, guerriers, racistes et religieux, d’un autre âge, aussi incohérents que cruels, qui incarcèrent l’espoir, endeuillent la démocratie et tuent la paix.

 

Mes Frères, il m’apparait que l’engagement dont nous devons parler est celui de la globalisation tant dans son expression d’intériorité que d’extériorité de l’ensemble des manifestations de la raison, de la volonté et du cœur.

 

Tout ce dispositif constitutionnel et législatif doit, pour nous francs-maçons, être rapproché de la glorification du travail telle qu’elle est présentée au récipiendaire dans notre rituel d’initiation. Rappelons-nous les paroles prononcées par le V.M. en chaire : « le dernier voyage que vous avez effectué, vous aviez les mains libres, car le premier outil de l’homme est sa main ».

 

La main est le premier outil de travail qui a servi à nos devanciers, les compagnons opératifs, dans la construction des temples et autres édifices. Comme nos ancêtres, nous aussi nous sommes des travailleurs. Le travail est la grande vocation de l’homme. Il lui est enseigné comme un devoir impératif. L’homme a d’abord le devoir de servir et ensuite seulement, il peut réclamer des droits qui seront la contre partie du travail fourni. Mieux encore, nous devons travailler avec entrain, en artistes pour qui seule l’œuvre compte et n’est pas nécessairement subordonnée à une récompense. Je citerai Tacite: «  il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

 

Pour nous francs-maçons, le travail constitue une véritable mission. Quelle que soit la place que nous occupons sur le chantier, même la plus humble. Nous savons que notre effort concourt à la réalisation de l’ordre cosmique, nous savons qu’en travaillant nous coopérons à l’exécution du Grand Œuvre selon le plan du Grand Architecte de l’Univers.

 

« La franc-maçonnerie est une véritable religion du travail »

 

 

-3-

Ce n’est que dans le travail que l’homme trouve sa dignité, sa raison d’exister, d’exister pour lui-même, mais aussi pour les autres et d’être ainsi indispensable à l’humanité toute entière.

 

Le travail est bien un devoir sacré de l’homme libre. C’est lui qui donne à l’homme l’estime de lui-même et qui le rend utile aux autres. C’est par le travail que l’homme peut assurer sa liberté.

 

L’homme s’épanouit grâce à son travail qui était symbolisé par ce que l’on nomme le bel ouvrage. Là, nous retenons l’enseignement de nos frères opératifs, constructeurs des cathédrales et abbayes.

Le sentiment du bonheur n’est pas illusoire quand il correspond à la certitude d’être à la place où l’on doit être. Le bonheur est alors la joie d’un accord avec l’ordre du monde. La dignité, c’est précisément, pour l’homme, ce combat contre les forces qui le maintiennent, luttes nécessaires pour être seulement.

 

Créer, protéger, aimer, voilà les trois étapes, les trois devoirs, les trois modalités de l’être.

Dans le fait, la voie est simple et toute tracée. Présence d’esprit et maîtrise de soi, bienveillance et loyauté, sens de l’humour, c’en est assez pour être maçon exemplaire.

 

Ce bel ouvrage n’est réalisable que dans une société organisée, qui garantisse à chacun sa place dans l’organisation du travail. C’est dans un tel cadre que peut se réaliser l’homme dans sa totale dignité. Nous trouvons là, la raison même de tous les statuts successifs de la maçonnerie opérative qui nous ont été transmis et qui sont un des fondements de notre ordre, de notre tradition.

 

L’ensemble de ces manuscrits de la maçonnerie opérative parvenus jusqu’à nous, confirment, s’il en était besoin, que le travail est une des expressions de la dignité humaine. Tout d’abord en affirmant que ce n’est que par un apprentissage parfois long que l’apprenti puis le compagnon parviendra à une parfaite maîtrise de son art.

 

Il devra se soumettre à une discipline collective et individuelle parfois sévère. Sans ces efforts, il ne progressera pas dans la hiérarchie des métiers, ni dans la hiérarchie sociale, mais il s’épanouira grâce au respect de ces règles. Il sera une référence pour les autres ouvriers, et qu’il deviendra quelqu’un dans sa corporation et aussi dans la cité.

 

Le travail représente l’instrument de perfection de l’individu au niveau de lui-même mais également au niveau de la communauté toute entière.

 

Elles sont pour nous, ces grands chantiers qui pendant des décennies, ont réuni des centaines de maçons, des sculpteurs, des tailleurs de pierre, sous l’impulsion d’architectes comme Villard de Honnecourt, Pierre de Montreuil ou Jean d’Orbais.

 

Dans ces corps de métier, une fois admis comme apprenti, on pouvait ensuite progresser, devenir un ouvrier qualifié, compagnon, puis avec un savoir faire suffisant et créateur, devenir maître.

A vrai dire, la peine des hommes a toujours été la condition de leur existence et il n’est pas, en dehors du rêve, ou de l’utopie, de monde où l’on puisse vivre sans efforts.

 

-4-

Le travail des hommes a été, dès l’origine, conçu et vécu comme une nécessité absolue, inséparable de la survie de l’espèce humaine.

Au début de l’humanité, ce travail avait donc un rôle directement nourricier.

Aujourd’hui qu’en est-il ?

Ici, La technologie trop poussée, le machinisme à outrance n’ont pas libéré l’homme comme certains ont pu le penser.

 

Il est désormais interdit à celui qui travaille de penser, d’imaginer un bel ouvrage. Il lui est demandé au mieux d’appuyer sur un bouton. Qu’il s’estime heureux, car cela signifie qu’il n’est pas chômeur.

Mais que faire de la dignité dans une société où la vie a si peu d’importance ? Pourquoi, et comment disserter sur cette dignité alors qu’on se refuse à envisager la notion même de qualité à la vie ?

 

Le point de vue maçonnique et le point de vue profane – ou moral actuel – ne sont, nulle part ailleurs, mieux en opposition qu’à ce grade. C’est sans doute pour cela que la Glorification du Travail est le morceau d’architecture sur lequel les Loges restent les plus silencieuses.

 

On arrive à occulter le travail comme expression de la dignité de l’homme. Les loisirs ne peuvent à eux seuls, quand ils sont possibles, remplacer la satisfaction, la joie qu’apporte l’ouvrage.

 

Or, c’est de l’homme dont il s’agit, d’homme pensant, agissant, membre de la cité, citoyen mais aussi ayant droit au bonheur, qui n’est sûrement ni totalement dans les loisirs, ni totalement dans l’argent.

 

Le recours aux petits boulots, n’est ce pas l’aveu ou au moins une forme de l’aveu de cette occultation du travail, expression de la dignité de l’homme qui se révèle en fait un désastre pour notre société mais aussi pour l’individu privé d’emploi ?

 

Le travail est en effet pour tout homme, une façon d’exprimer sa personnalité, d’adhérer à la collectivité, même si cela se traduit à certains moments, par des tensions sociales, des luttes syndicales voire idéologiques.

 

Une lueur d’espoir peut être un témoignage dont notre société doit se ressourcer et ne plus se contenter des temples de la consommation et du divertissement.

 

-5-

Rappelez-vous un dessin qui circule partout, celui de l’apprenti devant son ouvrage. L’homme est représenté à genoux, pensant devant sa pierre, tel le penseur de Rodin. Mais ce dernier est accroupi, il repose ses cuisses. Notre apprenti ne pense pas, il contemple ou médite. Il est encore trop vert pour inciser sa pierre. N’en déplaise au moraliste, cette image nous enseigne que la contemplation est la condition préalable et nécessaire à la production de tout œuvre. Avant que l’artiste commence son travail, il doit savoir et bien connaître la matière, comme moyen de la travailler.

 

L’homme a besoin de spiritualité, son travail peut et doit être un moyen d’y parvenir, ne serait-ce que partiellement, car il doit lui permettre de réfléchir sur lui-même, sur la société, sur le devenir de celle-ci.

 

La solidarité maçonnique est morale. C’est celle qui naît de la confiance accordée au semblable, confiance qui est d’autant plus noble qu’elle n’implique de réciprocité que l’acceptation de la promesse de se conduire selon l’honneur, la justice et la vérité.

 

Pour ce faire, l’homme quel qu’il soit, doit réapprendre la valeur du travail bien fait, et lui redonner sa place première. Celui où intervient non seulement l’esprit, l’intelligence, mais aussi la main de l’homme et pas uniquement la machine dans sa forme extrême.

 

L’homme renaîtra dans sa plénitude, parce que je suis franc-maçon et donc pleinement un humaniste et parce que la mission de la maçonnerie est d’empêcher qu’il soit porté atteinte à la dignité de l’homme, et que le progrès ne compromette la solidarité.

 

J’ai foi dans l’avenir.

J’ai foi en l’homme. L’homme n’est pas programmé que pour le mal. Il est également capable de générosité, d’altruisme. Grâce à son intelligence, à son esprit critique, à sa raison, à sa sensibilité, il rapproche l’individu, et c’est pourquoi, l’engagement nationaliste qui est celui des francs-maçons rejoint l’idéal qu’est l’humanisme, c’est-à-dire le respect porté à l’autre, à l’autre d’où qu’il vienne et quel qu’il soit.

 

La voie que la franc-maçonnerie choisira demain, sans doute l’ignorons-nous. Mais elle peut conduire à faire du franc-maçon un homme bon, courageux, secourable et un frère pour ses semblables, comme un ami pour lui-même.

 

Elle n’aura pas trahi nos espérances.

 

 

J’ai dit

 

Très Vénérable.

 


Henri Paul F

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

corinne 08/04/2012 15:27

je suis incapable de vivre sans travailler, je me sens indigne depuis que j'ai perdu mon travail, c'est ainsi

Jérémy Fregefon 04/04/2012 11:49

Bonjour,

Je travaille à Newsring.fr, le site de débats lancé par Frédéric Taddeï, je me permet de vous contacter suite à votre article sur la question du travail. Nous venons de lancer un débat, intitulé
"Saurions-nous vivre sans travailler ?"

Nous serions intéressés par votre point de vue afin d'éclairer le débat.

Pour participer, il suffit de se connecter sur le site (à l’aide de Facebook, Google+ ou LinkedIn) et de cliquer sur “contribuer au débat” après avoir cliqué sur ce lien. Je peux aussi vous créer
un compte sur Newsring, indépendant des réseaux sociaux cités, si vous le préférez.

N’hésitez pas à me recontacter si vous avez la moindre question.

Cordialement,

Jérémy Fregefon